Bien que la carrière professionnelle demeure un enjeu fondamental pour chacun d’entre nous, elle constitue une quête primordiale pour les personnes atteintes d’une déficience.
Pouvoir se réaliser dans une activité professionnelle permet de participer activement à la vie de la Cité, de s’intégrer socialement et économiquement, de valoriser ses compétences et son utilité sociale, d’être reconnu par une entité et de surmonter son handicap et les appréhensions des personnes valides. Cependant, l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap varie considérablement.
Ainsi, les personnes atteintes d’une déficience visuelle (DV) rencontrent des difficultés complémentaires à leur insertion. Bien que de nombreuses aides et aménagements soient préconisés pour l’insertion des populations les plus fragilisées, le taux de chômage demeure plus élevé pour la catégorie des déficients visuels. Selon la Fédération des Aveugles de France, 1,7 million de personnes sont atteintes d’un trouble de la vision et seulement 50% de cette population active occupe un emploi.
On constate que la DV est encore méconnue et effraie de nombreux employeurs. Ce taux élevé de non employabilité peut être caractérisé par un faible niveau de qualification, la disparition croissante des métiers traditionnellement occupés par des personnes atteintes d’une DV, l’absence d’accessibilité des logiciels métiers, la diminution des aides à l’embauche, le choix restreint des formations accessibles aux déficients visuels, l’accessibilité controversée des outils numériques et bureautiques des Entreprises, une sensibilisation à la DV trop insignifiante.
Ce faible taux d’employabilité s’explique également par la méconnaissance de ce handicap. Aujourd’hui encore, la DV demeure un handicap méconnu des valides et rebute un grand nombre de personnes. Comment se comporter en présence d’une personne déficiente visuelle ? Comment nous perçoit-elle ? Quel est son niveau d’acuité visuelle ? Quelles sont ses capacités professionnelles ? Que peut-elle réaliser ou ne pas effectuer ? Quels sont ses outils ? Comment se déplace-t-elle ? Quelle différence entre une canne blanche et une canne jaune ? Comment gère-t-elle son quotidien ? Quelles sont les contraintes et les adaptations de postes nécessaires ?
En effet, aujourd’hui encore de nombreuses interrogations demeurent et de multiples préjugés stigmatisent la DV et concrétisent des freins à l’embauche. Intégrer un Collaborateur déficient visuel au sein de nos équipes ? Je ne sais pas… cela me semble compliqué et contraignant!!! J’ai déjà du mal à gérer certains de mes Collaborateurs… alors un déficient visuel ! Cela va générer du travail complémentaire et probablement nous ralentir dans notre productivité !
Comment cela est-il envisageable ?
Que peut-il faire ? Que ne peut-il pas faire ? Comment gérer son intégration ? Devons nous aménager nos locaux ?
Comment va-t-il s’intégrer au sein de nos équipes ? Comment les Collaborateurs vont-ils appréhender sa présence ? Une sensibilisation au handicap et à la DV est elle nécessaire ?
Comment travaille t-il ? Quel type de mission peut-il occuper ? Peut-il travailler sur PC ? Est-il autonome ou devons nous prévoir un tutorat permanent pour l’accompagner dans ses missions ? Un aménagement de poste est il nécessaire pour lui permettre d’être en réussite dans ses fonctions?
Autant de questions légitimes qui surviennent à l’évocation de la DV et qui nécessitent un éclairage.
Etat des lieux de la Déficience Visuelle et aménagement de poste
Tout d’abord, il est nécessaire de faire un état des lieux sur la DV. De quoi s’agit-il ? Quelles sont les différentes typologies ? Comment devons nous l’appréhender.
L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) définit deux catégories de déficience visuelle:
- la malvoyance (qui nécessite parfois l’utilisation d’une canne jaune) : qui correspond à une déficience moyenne, dont l’acuité visuelle sur les deux yeux après correction est comprise entre 3/10ème et 1/10ème, avec un champ visuel d’au moins 20 degrés.
On distingue 4 types de malvoyance : la vision floue (champ visuel intact), la vision tubulaire (champ visuel rétréci), la perte de vision centrale et la vision avec tâches.
- la cécité : qui est une déficience sévère et dont l’acuité visuelle est inférieure à 1/10ème après correction. Le champ visuel est alors compris entre 10 et 20 degrés.
Ainsi, lorsque le niveau de DV est défini (niveau de mal voyance ou cécité), il est nécessaire d’évaluer l’autonomie du Collaborateur et l’aménagement nécessaire de son environnement de travail afin de mettre en place les outils les plus adaptés à sa déficience : disposition et emplacement du bureau selon la luminosité, le choix des meubles et l’ergonomie du mobilier et outils utilisés, les accès aux entrées, l’accessibilité du bureau (escalier, ascenseur... ), le choix des outils de travail, les missions confiées selon la nécessité d’adaptation du poste, le choix d’un binôme et la répartition des tâches, l’utilisation d’outils de compensation, l’évaluation de la fatigabilité, …
Parcours professionnel : Diplôme, formation et expériences professionnelles
Concernant les compétences des personnes atteintes d’une DV, elles sont les mêmes que n’importe quel Collaborateur. Les personnes atteintes de DV sont diplômées et formées, elles ont déjà occupé différents postes et des missions diverses, elles ont un parcours professionnel confirmé dans plusieurs domaines et sont en capacité d’intégrer aisément de nouvelles fonctions et de les assimiler efficacement dans les meilleurs délais. En effet, leur parcours leur permet de transposer un certains nombres de compétences et d’être rapidement opérationnels sur de nouvelles fonctions, au même titre qu’un Collaborateur non doté d’une Reconnaissance en Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH).
Les savoir- être
Par ailleurs, l’insertion professionnelle des personnes handicapées demeure précaire et relève pour certains d’une véritable quête du graal au même titre que leur quotidien qui ressemble trop souvent à une épreuve de « Kho Lanta » dans laquelle chaque étape demeure un combat permanent : la reconnaissance du statut handicap et l’octroie d’aides spécifiques et prérogatives diverses auprès de la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH), une mobilité réduite et semée d’embûche, un accès à la scolarisation et à la formation limité, le regard réprobateur des personnes valides, l’interrogation pesante sur le droit de vivre…. ou de ne pas vivre, le droit légitime d’avoir une vie normale définie par un véritable projet de vie, le droit d’aimer et d’être aimé en toute liberté, l’accès controversé à la culture, au sport et aux loisirs… toutes ces choses qui composent le quotidien de chacun, mais qui demeurent un véritable parcours du combattant pour l’ensemble des personnes en situation de handicap.
C’est ainsi que les personnes atteintes de DV et autres handicaps, présentent des savoir-être hors norme qui se caractérisent par une détermination, une résilience et une pugnacité décuplées.
De ce fait, ils constituent des candidats à l’emploi motivés, volontaires et déterminés et des Collaborateurs impliqués, appliqués et investis dans leurs missions.
Outils de compensation
Afin d’optimiser leur travail et de performer dans les missions qui leur sont confiées, les personnes déficientes visuelles bénéficient d’un grand nombre d’outils adaptés qui leur permettent de réaliser les mêmes fonctions que les personnes valides.
Toutefois, ces outils nécessitent une concentration plus importante et une mémoire auditive plus conséquente, ce qui peut engendrer une certaine fatigabilité et nécessiter parfois d’un allégement de tâches à effectuer et/ou d’un temps de récupération complémentaire - pauses ou alternance avec des tâches mobilisant moins d’attention.
Concernant les outils de compensation, ils varient selon le niveau de la DV:
- les aides optiques: les logiciels d'agrandissement, les loupes électroniques, les téléagrandisseurs
- la synthèse vocale : les logiciels de lecture d'écran, les scanners et logiciels de reconnaissance optique de caractères, les machines à lire, les lecteurs DAISY et MP3
- les équipements braille : plage braille d’ordinateur, bloc-notes braille, imprimante braille
Ces aménagements de poste et équipements d’adaptation peuvent être financés par l’AGEFIPH qui est chargée de faciliter l’accès et le maintien dans l’emploi des travailleurs handicapés.
Locomotion, sensibilisation, guide de bonnes pratiques, technique de guidage
De plus, un Instructeur en Locomotion peut être détaché afin d’accompagner la personne déficiente visuelle à apprivoiser son nouvel environnement de travail et son trajet domicile/lieu de travail.
Par ailleurs, une sensibilisation auprès des Collaborateurs permettra de mieux appréhender l’arrivée du nouveau Collègue et déconstruire les mythes de la DV. La sensibilisation peut être accompagnée d’un guide de bonnes pratiques indiquant la marche à suivre : ne pas laisser une porte entrouverte, se présenter lorsque l’on rentre dans la pièce, annoncer lorsque l’on tend la main pour saluer…
Ainsi, malgré les difficultés rencontrées les personnes déficientes visuelles arrivent à concrétiser un projet professionnel valorisant, à s’intégrer aisément au sein d’une équipe et à être rapidement performant sur les missions qui lui sont confiées.
Sandrine LAMPLA
Votre Coach en développement personnel
Très instructif! Merci. Cela nous invite à la réflexion sur notre perception et notre regard sur le handicap...